"La Data transforme Notre Métier" : Interview de Coralie Paris, Directrice Supply Chain chez Anaïk
Dans le secteur des cadeaux promotionnels, la supply chain évolue rapidement. Entre approvisionnements grand import, exigences RSE et optimisation des coûts, la data devient centrale. Rencontre avec une Directrice Supply Chain qui pilote qualité, RSE, logistique et traçabilité pour nos clients grandes marques de la distribution et de la beauté.
Votre entreprise s'approvisionne à 80% en Chine et en Asie. Comment gérez-vous la complexité de ces chaînes d'approvisionnement ?
La complexité est effectivement notre quotidien ! Mais ce qui a radicalement changé ces dernières années, c’est notre capacité à la maîtriser grâce à la data. Aujourd’hui, chaque dimension de notre métier – qualité, RSE, logistique – s’appuie sur des données structurées. La data n’est plus un simple sous-produit de nos opérations : elle est devenue un enjeu stratégique à part entière.
Vos clients, grandes marques de la distribution et de la beauté, sont de plus en plus sensibles aux enjeux environnementaux. Comment les accompagnez-vous concrètement ?
C’est là où la data prend tout son sens ! Nos clients ne demandent plus seulement un produit au bon prix et dans les délais. Ils veulent comprendre et réduire l’empreinte environnementale de leurs campagnes promotionnelles. Nous avons adopté une solution digitale, Ecodesigncloud, qui nous permet de calculer précisément les impacts environnementaux de chaque produit.
Concrètement, lorsqu’un client hésite entre deux options de cadeaux promotionnels, nous lui présentons un comparatif chiffré de leurs impacts. Ces données, autrefois inaccessibles ou approximatives, deviennent des critères de décision objectifs dès la phase de conception. Cette transparence transforme une intention RSE en action mesurable. Et elle nous positionne non plus comme un exécutant, mais comme un conseiller stratégique dans la démarche d’éco-conception de nos clients.
La traçabilité est un sujet sensible quand on s'approvisionne en Asie. Comment garantissez-vous la conformité de vos produits ?
Excellente question, car c’est effectivement un enjeu majeur. Notre réponse tient en deux mots : data certifiée. Nous privilégions les certifications comme GRS ou GOTS – Global Organic Textile qui ne sont pas de simples labels. Ce sont des systèmes de data structurée qui documentent chaque étape de la chaîne de valeur : origine des matières premières, conditions de production, composition exacte des produits, lots.
Cette data-traçabilité nous permet de répondre instantanément aux demandes de preuves de conformité de nos clients. Plus encore, elle nous aide à anticiper les risques : identifier un fournisseur dont la certification arrive à échéance, détecter une anomalie dans la composition d’un lot, vérifier la cohérence entre les engagements RSE affichés et la réalité terrain.
Et je dois être claire : cette maîtrise de la data n’est plus seulement un avantage concurrentiel, elle devient une obligation réglementaire. Les nouvelles réglementations européennes comme le CBAM – mécanisme d’ajustement carbone aux frontières -, l’EUDR – règlement sur la déforestation importée – ou encore le CSDDD sur le devoir de vigilance exigent toutes la même chose : des données traçables, vérifiables, documentées sur nos chaînes d’approvisionnement. Sans cette data structurée, nous ne pourrons tout simplement plus importer en Europe. C’est aussi simple que cela.
Parlons logistique. Comment la data vous aide-t-elle à optimiser vos coûts de transport ?
La logistique depuis l’Asie peut être un vrai casse-tête : délais maritimes variables, gestion des conteneurs, anticipation des volumes, arbitrage entre modes de transport, congestions portuaires… Aujourd’hui, la data logistique change radicalement notre approche.
En centralisant et en analysant nos historiques de transport, nos prévisions de livraison et les données de nos clients, nous construisons des modèles prédictifs bien plus fins. Cela nous permet d’ajuster nos volumes de transport en fonction des pics saisonniers réels, d’optimiser nos taux de remplissage de conteneurs, et de travailler nos coûts avec une meilleure granularité et ainsi mieux absorber les aléas.
Mais il y a un autre indicateur devenu absolument central : l’OTIF – On Time In Full. Nos clients le calculent systématiquement pour évaluer notre performance : est-ce que nous livrons à temps ET en quantité complète ? Cet indicateur est redoutable car il ne pardonne aucune approximation. Tout l’enjeu est de le piloter efficacement, pour mieux servir nos clients, cet indicateur est la plupart du temps un outil collaboratif entre nous et nos clients, il aide à nous améliorer et mieux prévoir les dérives des saisons à venir.
Le prédictif en supply chain, ça fonctionne vraiment ?
Il faut être honnête : c’est complexe ! Les variables sont nombreuses, les imprévus fréquents – tensions géopolitiques, congestion portuaire, variations de change… La data ne résout pas tout. Mais elle nous donne une visibilité que nous n’avions jamais eue auparavant. Par exemple, agréger la data qualité d’un fournisseur sur plusieurs années de partenariat nous permet d’anticiper bien mieux les risques et programmer des plans d’action qualité en production bien adaptés, sécurisant, sans sur-qualité, et au juste prix.
Dans notre secteur, où les campagnes promotionnelles sont concentrées sur des périodes courtes et précises, une erreur de prévision peut coûter cher de part et d’autre ! La data nous aide à réduire cette incertitude et à gagner en agilité. Et cette visibilité, partagée avec nos clients, renforce considérablement la confiance et la collaboration.
Quel conseil donneriez-vous à vos clients sur le rôle de la supply chain aujourd'hui ?
Je leur dirais ceci : la supply chain n’est plus une fonction purement opérationnelle qu’on sollicite en fin de processus. Elle devient un métier de data, au sens où la maîtrise, l’analyse et le partage de données structurées sont centraux dans la valeur que nous apportons.
Pour les grandes marques que nous accompagnons, cette évolution est décisive. Elles ne cherchent plus seulement un partenaire capable de livrer des produits conformes. Elles attendent un acteur qui transforme la complexité en transparence, qui documente ses engagements RSE par des chiffres, qui anticipe les risques plutôt que de les subir.
Un mot de conclusion ?
La supply chain des cadeaux promotionnels est à un tournant. La data n’est plus une contrainte technique, mais un langage commun qui nous permet de dialoguer d’égal à égal avec nos clients sur les sujets qui comptent vraiment pour eux : impact environnemental, sécurisation des approvisionnements et optimisation des coûts.
Chez nous, cet enjeu est devenu majeur et nous y avons répondu par des investissements significatifs. Nous avons engagé la transformation de notre ERP pour traiter et exploiter cette data de manière beaucoup plus fine. Et nous avons acquis des solutions digitales externes spécialisées : Greenly et Ecodesigncloud pour l’empreinte environnementale, Creditsafe pour la solvabilité de nos fournisseurs. Ces outils ne sont pas des gadgets, ils sont devenus le socle de notre capacité à apporter de la valeur à nos clients.
Former nos équipes à l’exploitation de ces données, structurer nos systèmes d’information : ce n’est plus optionnel. C’est cette maîtrise qui fait aujourd’hui la différence entre un prestataire et un véritable partenaire stratégique.
Fondée en 1973 à Roubaix, Anaïk est parmi les leaders dans la conception et l’approvisionnement de gifts, packagings et accessoires pour les grandes marques et enseignes internationales. Son siège social se situe à Villeneuve d’Ascq (59). Engagée, Anaïk a intégré la RSE à ses stratégies depuis plus de 18 ans, devenant experte de l’écoconception.


